Chronique #46 - Chanson Douce, Leïla Slimani

By Camille - juin 03, 2020


Quand je lis du YA, il y a tout de même quelque chose qui me manque, tout comme quand je lis du roman adulte. Dans l'un ou l'autre je trouve toujours cette singularité. Chanson douce m'a rappelé, après des mois sans avoir lu de roman adulte (ou en tout cas qui me plaise vraiment), pourquoi j'aimais parfois lire autre chose que du YA.

En vérité, c'est d'abord suivre des personnages un peu plus âgés, un peu plus matures, parfois un peu plus réalistes (parce que dans le YA on a souvent des ado qui sont capables de choses extraordinaires alors qu'ils ne sont encore qu'au collège/lycée, mais c'est un autre débat), avec plus de profondeurs nécessairement, parce qu'ils ont plus d'expérience et d'histoire à raconter. Et ça a vraiment été le cas avec le personnage de Louise, cette nourrice employée par Paul et Myriam pour s'occuper de leurs deux enfants.

Dans Chanson Douce, on découvre dès le premier chapitre l'horreur de l'histoire : Louise tue les deux enfants qu'elle avait à charge. On revient ensuite en arrière, de son embauche jusqu'au moment fatidique : pourquoi en est-elle arrivé là ? Y avait-il des signes avant-coureurs ? Etait-elle folle, l'est-elle devenue ? Quelle était sa relation avec la famille ?

Tant de questions qui vont nous tenir en haleine... eh bien jusqu'à la dernière page du roman. Je considère Chanson douce un peu comme un roman psychologique, dans lequel on s'intéresse tout particulièrement à la construction de ce personnage, à son passé. Un passé qui pourrait éventuellement expliquer le présent, mais le peut-il vraiment ? Ce roman m'a perturbée, à la fois par le thème qu'il aborde et les questions qu'il soulève. Il m'a gênée par des scènes si banales, pleines d'amour et de tendresse, tandis que cette petite voix dans ma tête me disait que je connaissais déjà la fin, qu'il y avait forcément quelque chose d'autre derrière tous ces gestes un peu machinaux effectués par Louise, derrière ces habitudes, et cet amour. Il m'a déstabilisée par cette impression de lire un vrai thriller, un vrai roman policier... alors qu'on connaît déjà le coupable, et même, qu'on en vient presque par moment à oublier cet affreux dénouement, à se prendre de compassion pour cette nourrice qui se donne toute entière à son métier. En fait, on finit par le lire comme tout sauf un thriller (si c'en est bien un). On finit par suivre tout simplement la vie de cette famille.

Et c'est justement parce qu'il m'a autant dérangée que je l'ai lu si vite et que je l'ai vraiment adoré. Parce qu'après tout, je l'ai refermé sans trop savoir qu'en penser. Enfin, si, je sais que la plume de Leïla Slimani m'a conquise et m'a entraînée. Je sais que c'était une histoire absolument singulière, d'un genre que je n'avais encore jamais lu jusqu'ici. Mais, finalement, que penser de Louise ? Je crois que je n'obtiendrai jamais cette réponse là.

Cam

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